Agoraphobie

Cet article traite de l’Agoraphobie, définition, test, processus et remise en cause. Vous pouvez découvrir également la page consacrée au trouble panique, fréquemment conjoint à l’agoraphobie.

Définition

On peut satisfaire de la définition non spécifique suivante : “peur de certaines situations ou le sujet ne peut s’échapper ou être secouru facilement en cas de difficulté”.

Critères diagnostiques DSM-IV

A. Anxiété liée au fait de se retrouver dans des endroits ou des situations d’où il pourrait être difficile (ou gênant) de s’échapper ou dans lesquelles on pourrait ne pas trouver de secours en cas d’attaque de panique ou bien en cas de symptômes à type de panique. Les peurs agoraphobiques regroupent un ensemble de situations caractéristiques incluant le fait de se retrouver seul en dehors de son domicile; d’être dans une foule ou dans une file d’attente; sur un pont ou dans un autobus, un train ou une voiture.

N.B. Envisager le diagnostic de phobie spécifique si l’évitement est limité à une ou seulement quelques situations spécifiques, ou celui de phobie sociale si l’évitement est limité aux situations sociales.

B. Les situations sont soit évitées (p. ex., restriction des voyages ) soit subies avec une souffrance intense ou bien avec la crainte d’avoir une Attaque de panique ou des symptômes à type de panique ou bien nécessitent la présence d’un accompagnement.

Mentionnons que l’évitement de situations peut altérer les capacités des sujets à voyager, à travailler ou à assumer leur responsabilités.Référence: American Psychiatric association, DSM-IV, Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux. Traduction française, Paris, Masson, 1996, 1056p

Questionnaire-test de l’agoraphobie

 Ceci n’est pas un diagnostique mais un document d’information
L’agoraphobie, c’est l’évitement (ou la nécessité de se faire accompagner), de toute situation où il parait dangereux d’avoir une attaque de panique ou des sensations de type panique. 

Répondez par oui ou non.Quelles sont dans votre cas, les situations angoissantes évitées (ou nécessitant d’être accompagné(e)), de peur d’être bloqué(e) ou non secouru(e) en cas d’attaque de panique?
1. Voiture
OUI, j’évite ou j’y vais seulement accompagné(e)
NON, j’y vais seul
2. Bus
OUI, j’évite ou j’y vais seulement accompagné(e)
NON, j’y vais seul
3. Train
OUI, j’évite ou j’y vais seulement accompagné(e)
NON, j’y vais seul
4. Métro
OUI, j’évite ou j’y vais seulement accompagné(e)
NON, j’y vais seul
5. Avion
OUI, j’évite ou j’y vais seulement accompagné(e)
NON, j’y vais seul
6. Bateau
OUI, j’évite ou j’y vais seulement accompagné(e)
NON, j’y vais seul
7. Ascenseurs
OUI, j’évite ou j’y vais seulement accompagné(e)
NON, j’y vais seul
8. Tunnel
OUI, j’évite ou j’y vais seulement accompagné(e)
NON, j’y vais seul
9. Parking souterrain
OUI, j’évite ou j’y vais seulement accompagné(e)
NON, j’y vais seul
10. Autoroute
OUI, j’évite ou j’y vais seulement accompagné(e)
NON, j’y vais seul
11. Pont, passerelle
OUI, j’évite ou j’y vais seulement accompagné(e)
NON, j’y vais seul
12. Foule
OUI, j’évite ou j’y vais seulement accompagné(e)
NON, j’y vais seul
13. Grand magasin
OUI, j’évite ou j’y vais seulement accompagné(e)
NON, j’y vais seul
14. Salle de spectacle
OUI, j’évite ou j’y vais seulement accompagné(e)
NON, j’y vais seul
15. Cinéma
OUI, j’évite ou j’y vais seulement accompagné
NON, j’y vais seul
16. Restaurant
OUI, j’évite ou j’y vais seulement accompagné(e)
NON, j’y vais seul
17. Etendue deserte
OUI, j’évite ou j’y vais seulement accompagné(e)
NON, j’y vais seul
18. Espaces situés en hauteur
OUI, j’évite ou j’y vais seulement accompagné(e)
NON, j’y vais seul
19. Changements brusques de vitesse
OUI, j’évite ou j’y vais seulement accompagné(e)
NON, j’y vais seul
20. Espaces bruyants
OUI, j’évite ou j’y vais seulement accompagné(e)
NON, j’y vais seul
21. Lieux surchauffés
OUI, j’évite ou j’y vais seulement accompagné(e)
NON, j’y vais seul
22. Marcher seul dans la rue
OUI, j’évite ou j’y vais seulement accompagné(e)
NON, j’y vais seul
23. S’éloigner seul de sa voiture
OUI, j’évite ou j’y vais seulement accompagné(e)
NON, j’y vais seul
24. S’éloigner seul de chez soi
OUI, j’évite ou j’y vais seulement accompagné(e)
NON, j’y vais seul
25. Rester seul chez soi
OUI, j’évite ou j’y vais seulement accompagné(e)
NON, j’y vais seul
26. Nager sans avoir pied
OUI, j’évite ou j’y vais seulement accompagné(e)
NON, j’y vais seul
27. Rester dans le noir
OUI, j’évite ou j’y vais seulement accompagné(e)
NON, j’y vais seulSi vous avez répondu “oui” pour au moins quatre des situations ci-dessus,vous souffrez probablement d’agoraphobie.
Test d’après Jean Luc Emery / Surmontez vos peurs / Odile Jacob

Problèmes de définition et de diagnostic

– Les manuels diagnostiques psychiatriques ne sont pas fréquentés par tous les médecins. Le diagnostique d’agoraphobie peut être long à venir. Il sera remplacé par spasmophilie, syndrôme d’hyperventilation ou autres en fonction des manifestations somatiques du trouble.

– Les symptômes enverront le sujet vers autant de spécialistes, sans grand succès.- Les symptômes sont hétérogènes. Un thérapeute peut se perdre.

– La distinction Trouble panique- Agoraphobie avec ou sans Trouble panique est obscure pour tout un chacun. L’agoraphobie peut exister sans Trouble panique, mais cet avis n’a pas toujours été dominant.

– Le terme « agoraphobie » en lui-même est trompeur (agora veut dire place, lieu de rassemblement)

Quelques remarques sur l’agoraphobie 

– L’agoraphobie concerne 3-4% de la population.
– Si l’agoraphobie peut exister sans trouble panique, c’est essentiellement quand le sujet s’organise pour éviter toutes les situations redoutées (
– 30% de la population a déjà vécu dans un passé proche une attaque de panique.
– Dans l’année qui précéde les premiers troubles panique, 90% des personnes ont vécu un stress important
– Agoraphobie isolée : début vers 25 ans
– Agoraphobie avec trouble panique : début vers 35-45 ans
– Les symptômes sont assez hétérogènes.

Néanmoins deux points communs (d’après mon expérience) :
– Phobophobia : peur d’avoir peur. Plus de 80% des agoraphobes ont déjà vécu un trouble panique, ponctuel ou répété. Ce vécu entraîne une anticipation aigue d’une éventuelle nouvelle crise d’angoisse.
– Peur du vide : elle est générale à tous les sujets agoraphobes, d’une manière ou d’une autre (premier ou second degré).

IDEES – CLES– La crise de panique est à la base du phénomène phobique
– L’évitement est le comportement essentiel de l’agoraphobie : première source de plainte mais aussi élément de développement de la phobie..
– Les évitements peuvent être directs (je ne sors pas) ou subtils (je me fais accompagner). En conséquence, une situation qui ne génère plus de phobie est une situation que l’on peut vivre seul. L’accompagnement ne peut être qu’une étape intermédiaire.

PROCESSUS ESSENTIELS

Dans ce chapitre seront décrits des processus qui semblent essentiels dans la construction (et la déconstruction) du Trouble Panique avec Agoraphobie. 

Solutions qui deviennent des problèmes 

On peut dégager un point de vue sur la difficulté psychologique qui a le mérite d’être simplissime dans son principe : des solutions qui deviennent des problèmes.

– La première gestation est de l’ordre du jugement : une personne vit une situation et décide qu’il y a un problème. Elle se promène au supermarché, elle a chaud et pense : « J’ai chaud, ça n’est pas normal ». Alors que de nombreuses personnes ont eu chaud dans un supermarché sans déterminer que ça n’était pas normal.

– La deuxième gestation est de l’ordre de la prise de décision : à partir du moment où on a déterminé qu’on avait un problème, il est tout à fait légitime de vouloir mettre en place des solutions. Pour reprendre l’exemple du supermarché, la personne trouve comme solution de sortir vite à l’air frais : « Vite il faut que je sorte ». Pour sortir vite se rafraîchir, elle galope derrière son caddy, s’énerve à la caisse ou la queue n’avance pas etc… Ce qui fait qu’elle a encore plus chaud et ce qui confirme que tout cela n’est vraiment pas normal. Une fois sortie, la fraîcheur lui indique que ça va mieux, alors que vient de s’installer une peur d’aller au supermarché et que ça va donc en fait beaucoup moins bien que s’il était restée se rafraîchir aux rayons des surgelés.

Le trouble va se révéler lorsque les solutions mises en place complexifient le problème. Les solutions au problème (ici, l’évitement) deviennent elles-mêmes le problème.
On voit ici que l’intention est bonne, mais qu’il y a un brouillage des intentions et effets obtenus : la tentative de solution fait partie du problème.

  • Quelques principes découlent de ce constat :Quelque soit leur origine, les problèmes persistent en raison des tactiques mises en place par le sujet pour les résoudre.
  • Le sujet, voyant ses stratégies se révéler inefficaces, va les renforcer. Erickson décrivait ainsi le phénomène : « Encore plus de la même chose ».
  • Le sujet doit donc mettre en place de nouvelles solutions, mais aussi arrêter de faire ce qu’il faisait jusqu’à présent pour résoudre le problème.
  • On peut en arriver à l’idée qu’on traite le problème, mais tout autant les tentatives de solutions inadaptées.

Agoraphobie, évitement et réassurance

Pour continuer les paragraphes précédents on peut recentrer sur le TPA cette notion de solutions inadaptées qui deviennent le problème, on peut aborder ici les deux solutions-problèmes ayant le plus de succès : l’évitement et la réassurance.

Dans les deux cas, il y a une erreur d’interprétation par la personne qui souffre de TPA. Evitement et réassurance sont présentés comme des solutions mises en place pour résoudre le problème. Alors que ces deux stratégies ne sont pas des solutions au trouble, mais en fait le définissent. L’agoraphobie, c’est l’évitement et/ou la réassurance extérieure.

Pour illustrer ce propos, un exemple : si une personne souffrant de TPA raconte une séance au cinéma, elle dit : « J’étais mal, j’ai cherché la porte du regard ». Or le processus ne se déroule pas ainsi : la personne cherche les portes (envisage donc l’évitement) et l’angoisse monte ensuite. Dans le cas présent, c’est chercher la porte qui fait monter l’angoisse. La porte n’est en rien salvatrice mais le contraire. Envisager l’évitement d’une situation (ou l’accompagnement dans la situation), envoie inconsciemment l’information qu’on n’est pas compétent pour rester (alors que si), que la situation est dangereuse (alors que non). L’anxiété augmente alors. L’évitement et la réassurance sont donc les générateurs de l’anxiété, non sa résolution.

On a ici un paradoxe présent dans de nombreuses difficultés : en voulant régler le problème, je met en place ce qui le génère. Sorte de cercle vicieux.

Dans le domaine du TPA, les vrais dangers ne sont pas le cinéma, la crise cardiaque ou la mort par étouffement. Les seuls dangers réels sont l’évitement ou la réassurance extérieure.

KIT DE SURVIE

 Les ressources de ce site visent à vous permettre une évolution naturelle et progressive. En fonction de situations données, quelques règles comportementales méritent d’être néanmoins connues. Les ressources de ce site visent à vous permettre une évolution naturelle et progressive. En fonction de situations données, quelques règles comportementales méritent d’être néanmoins connues. 

Règles comportementales d’exposition (agoraphobie)

Les trois règles d’or :  

1) L’anxiété baisse si on prolonge l’exposition.
L’anxiété monte puis stagne, puis baisse. Il n’y a pas de bénéfice à l’exposition si on quitte la situation pendant la montée (échappement) mais augmentation de l’anxiété relative à la dite situation.. Pour qu’il y ait habituation (diminution et/ou disparition du conditionnement anxiogène), il est nécessaire de quitter la situation quand l’anxiété se réduit et/ou a disparu.  

2) Le degré maximal d’anxiété baisse si on répète les expositions.  
Si on répète une situation, elle est de moins en moins anxiogène.   

3) La durée de l’anxiété baisse si on répète les expositions.  
Si on répète une situation, le degré d’anxiété revient de plus en plus vite à la normale.  

Voici quelques autres règles importantes en matière d’exposition :   
1. Commencez par ce qui vous pose le moins de problème (établissez une hiérarchie des situations anxiogènes).

2. Préparez l’exposition en imagination.

3. Ne pas quitter une situation en étant dans un état de panique. Attendre que la panique passe, attendre que les symptômes soient redescendus.

4. Si on fuit une situation, la peur augmente la fois suivante. Si on reste dans la situation, la peur sera moins forte la fois suivante. La deuxième fois est plus facile.
  
5. Exposez-vous au moins 15 minutes. Donnez-vous la chance et le bonheur de voir l’anxiété diminuer et les symptômes descendre. Vous serez victorieux et heureux.
  
6. Ne vous précipitez pas, remettez en cause vos pensées, respirez calmement et légèrement.  

7. Gardez à l’esprit que quand on tolère un phénomène anxieux, il ne se produit pas.
  
8. Consacrez vous à l’ici et maintenant, soyez dans le présent, dans ce que vous êtes en train de faire.  

9. Répétez une exposition jusqu’à ce qu’elle ne vous pose plus de problème. Puis passez à une autre située à sa suite dans la hiérarchie des situations anxiogènes. 
 
10. Prenez le temps de vous féliciter et de vous reposer après une exposition et avant la suivante.  

11. Faites un compte-rendu d’exposition (notez ce qui a été satisfaisant, les points qui restent à améliorer)  
  

Exposition et panique et/ou symptômes de type panique 

Quelques règles : 

Dans le domaine anxieux, quand on tolère que quelque chose arrive, ça n’arrive pas.
L’exposition constitue la mise en pratique de cette tolérance. Elle doit être graduelle et progressive. Concrètement, vous progresserez dans cette tolérance en respectant quelques consignes :

1. Une panique n’est qu’une réaction de stress, rien d’autre. 

2. Une panique n’est dangereuse ni pour la santé physique ni la santé mentale. Une panique, c’est simplement le corps qui s’emballe

3. Les comportements à éviter :

– Ne pas contrôler (par exemple, ne rien dire en prenant sur soi). Plus il y a contrôle, lus il y aura perte de contrôle. Une panique ne se contrôle, elle s’accepte. Ne retenez pas émotions ou sentiments. Communiquez, trouvez un endroit calme ou demandez une chaise pour vous asseoir : ACCEPTEZ

 Ne pas s’échapper : en pensant à vous échapper, vous présupposez inconsciement qu’il y a danger. Ceci développe la panique. Restez en place et acceptez la panique. Elle va passer et ce sera moins difficile la prochaine fois :RESTEZ

– Ne pas chercher la réassurance : ne cherchez pas la réassurance chez les autres, c’est un leurre. Les ressources sont en vous. UTILISEZ VOS RESSOURCES

– Ne pas se fier à ses impressions : méfiez-vous de vos impressions, ce ne sont que des perceptions anxieuses, subjectives et paniquantes. Consacrez vous à ce que vous êtes en train de faire, ici et maintenant, à la respiration ou à l’amélioration de votre confort :CONCENTREZ-VOUS SUR L’ICI ET MAINTENANT

4. Acceptez la panique, ne luttez pas, traversez là pour constater qu’elle ne dure pas et retombe

5. Si vous avez eu du mal dans une situation, une fois la panique passée, ne retombez pas dans l’évitement ou le catastrophisme : félicitez-vous car vous avez fait le plus difficile. Reproduisez la situation dans les jours suivants. Elle sera forcément moins difficile.

6. Tolérez les stagnations ou reculs. Ils font partie de tout apprentissage. 

Par J. boutillier– responsable de la formation Thérapie brève des troubles anxieux – auteur de En terminer avec l’agoraphobie et Se libérer de l’angoisse

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